mercredi 20 février 2008

Banania | une image raciste?

C’est lors d’un voyage au Nicaragua en 1912, qu’un journaliste du nom de Pierre Lardet découvre une boisson faite de farine de banane, de cacao, de céréales et de sucre. De retour à Paris il se lance dans la fabrication industrielle ; une « Antillaise » orne alors les boîtes sous la marque Banania. Le tirailleur sénégalais apparaît dans la publicité au début de la guerre, en 1915.

Pierre Lardet profite de la grande popularité des troupes coloniales pour lancer massivement son produit. Il va jusqu’à distribuer lui-même aux soldats « la nourriture abondante qui se conserve sous le moindre volume possible ». L’invention du slogan «Y’a bon» s’inspire du langage de ces soldats. Peu à peu le personnage et le slogan seront associés sous l’expression «l’ami y’a bon».

Hervé Mbouguen entreprend une intéressante analyse de cet avatar commercial :
« Les années passent, le slogan simplissime reste, […] le noir qui sert de support voit ses traits légèrement changés: si la chéchia rouge et bleue demeure, le grand niais a maintenant de grosses lèvres bien rouges, des dents bien blanches, des yeux exorbités de plaisir (probablement sa joie devant le bon bol de Banania!).

«[…] Nous sommes en 2005, mais Banania est revenu, et les ingrédients sont hélas toujours les mêmes: La chéchia rouge et bleue du tirailleur. Le dessin a été affiné mais les lèvres demeurent énormes. Même s’il est bien plus jeune, le “tirailleur” a toujours les yeux écarquillés devant l’appétissant bol! S’agit-il d’une simple coïncidence? Une observation de l’arrière de la boîte montre que le jeune homme a la même tenue que son grand-père… mais en plus légère: normal il est censé vivre en Afrique alors que son grand-père s’est battu en France!

« Même si, conclut le rédacteur de Grioo.com, la société Nutrial qui a racheté la marque à Unilever en 2003 affirmera probablement n’avoir rien à voir avec son historique chargé, pouvons-nous tolérer longtemps qu’en 2005, nous soyons représentés comme nos ancêtres il y a 90 ans? Pouvons-nous tolérer longtemps qu’une marque engendre des profits colossaux en s’asseyant sur notre image? »

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