mardi 3 juin 2008

Faire partie de la solution | Sylvain Allard


Voici un résumé de ma conférence sur le packaging durable dans le cadre des journées Grafika. À cause de problèmes techniques hors de mon contrôle, la présentation était quelque peu chaotique. Je m’en excuse auprès de tous les participants au nom d’Info-Presse. Je ne serai pas en mesure de publier l’ensemble des images présentées, mais en visitant ce blogue, vous pourrez voir les projets en question et bien d’autres ressources. Pour agrandir, cliquez sur les images.


L’emballage parfait
Prenez un produit et emballez-le en utilisant le moins de matière et d’énergie possible pour en diminuer le coût. Idéalement, ne faites aucun collage ni pliage et assurez-vous que votre emballage contiendra et protègera votre objet contre les souillures et les chocs. Assurez-vous que votre emballage préservera son contenu tout au long de son transport et qu’il informera le consommateur de sa fraicheur. Assurez-vous que la matière utilisée ne soit pas nocive pour l’environnement et que l’emballage puisse offrir un service intégré à l’expérience de votre produit. J'oubliais assurez vous que cette emballage propose une deuxième vie et qu'il soit biodégradable. Trouvez-lui un nom simple et choisissez des couleurs voyantes et attirantes. Si vous répondez à tous ces critères, alors seulement vous vous approcherez de l’ultime emballage. À moins qu’il ne s’agisse simplement de la pelure d’une pomme.

L’emballage accompagne chacun de nos gestes de consommation. Au Québec, les déchets d’emballage sont à hauteur de 600 000 tonnes. Bien que ces matières sont souvent recyclables, les études nous révèlent que seulement 50 % de nos emballages se retrouvent au recyclage. On est en droit de se demander si le bac à recyclage n’est pas plutôt un bac à bonne conscience pour valider nos modes de vie de surconsommation? Il reste donc beaucoup de travail d’éducation à faire. L’augmentation croissante de la demande et de la production mondiale d’emballages engendre une pression à la hausse sur la matière ligneuse, sur les dérivés du pétrole, sur les métaux et sur toutes les autres matières utilisées dans leur production. Pourtant, nous savons plus que jamais que ces ressources sont limitées et que bientôt les coûts tant économiques qu’écologiques deviendront incontrôlables.

La croissance économique telle qu’on la conçoit aujourd’hui mène inéluctablement à l’épuisement des ressources de la planète.
Mais à l’échelle individuelle, que pouvons-nous faire ? Et comme designer comment peut-on concilier notre rôle intimement lié à l’économie avec notre part citoyenne ? C’est une question difficile, pour laquelle il n’y a pas de réponse unique ou facile. Rien n’est simple lorsqu’on parle de problématiques environnementales et les solutions sont souvent la somme de tous les efforts dans le processus de développement d’un produit. Mais au fait, l’individu et le designer sont-ils vraiment dissociables dans cette problématique?
Comme professeur en design graphique à l’École de design de l’UQAM je suis en contact avec une relève qui, lorsqu’elle arrive chez nous, a une vision assez floue du design et de la place du designer dans notre société. Ils possèdent certes déjà une culture visuelle d’une part, mais ils manifestent aussi une certaine inquiétude quant aux grands enjeux planétaires. Le cynisme généralisé de nos sociétés a souvent déjà fait son chemin et un sentiment d’impuissance se manifeste de façon générale. Il est important que ceux-ci aient un regard éclairé sur leur future profession et qu’ils soient conscients de l’importance du design dans la société. Je m’efforce donc de stimuler une pensée critique sur l’industrie et de valoriser le rôle qu’ils peuvent jouer.

Bien que la plupart des décisions impliquant la production d’emballages seront souvent prises en fonction de critères strictement économiques, quel rôle accorde-t-on au design et en quoi celui-ci peut-il faire une différence? Quelle est-elle cette influence du designer dans le processus de développement d’un produit? En fait, le design a le privilège de se situer en amont de la production. Il se trouve donc à une étape cruciale qui déterminera tous les aspects de l’emballage. Il ne s’agit pas de faire croire qu’à lui seul le futur designer pourra changer l’équation. S’il n’est pas profondément engagé dans une démarche responsable, son influence sera négligeable il va sans dire. À l’opposé chaque décision prise en tenant compte des critères de responsabilité face aux consommateurs et à l’environnement nous rapprochera du but.
Il faut enseigner une approche holistique de la problématique environnementale aux étudiants, car les changements qui s’imposent ne sauront s’opérer sans l’intervention de tous les acteurs impliqués dans le cycle de vie de l’emballage. Les gouvernements, les producteurs de matières premières, les producteurs, les transporteurs, les distributeurs, les marchands, les consommateurs et les récupérateurs de matières recyclables sont tous interpelés dans cette problématique. C’est une question de conviction, de responsabilité et d’éducation. Il s’agit de proposer un nouveau paradigme pour l’emballage.
Le design responsable englobe plusieurs aspects de la profession il va sans dire. La dimension écologique demeure la plus criante. L’éco-emballage est le terme consacré et il s’articule autour de 5 grands principes soit :

• optimiser la matière
• utiliser des matières recyclables
• ne pas utiliser des matières toxiques
• proposer une deuxième vie
• développer de nouveaux concepts


Mais la notion de responsabilité dépasse l’aspect strictement écologique. Elle implique aussi tous les aspects de l’expérience du consommateur avec le produit. Qu’il s’agisse de l’aspect mécanique et fonctionnel du produit ou de l’information, l’emballage doit répondre à des attentes qui dépassent le simple aspect de la consommation. Il doit être une valeur ajoutée au produit. Parfois il est le produit.

Si jusqu’à récemment le designer s’est très peu préoccupé des problématiques environnementales en proposant des emballages axés sur la séduction et motivé par des économies, il devra s’adapter à une autre réalité. Le suremballage n’a plus la cote dans une société de plus en plus informée, conscientisée et préoccupée par l’environnement.

Au Québec, le passage au shoping bag en est un bon exemple d’une transformation observable du comportement du consommateur. Alors qu’il y a à peine cinq ans, tous les achats étaient systématiquement accompagnés d’un sac de plastique. Aujourd’hui, il est de plus en plus fréquent de voir les gens faire leurs achats avec des sacs réutilisables. De moins en moins, le commerçant offrira le sac. Le changement est rapide et irréversible. Pourquoi ? Parce que l’attitude citoyenne est contagieuse. Mais le changement est possible uniquement dans la mesure où les alternatives sont disponibles. Il ne s’agit donc pas d’éliminer les emballages, mais plutôt de mieux les concevoir.

Dès qu’on les conscientise sur les conséquences de leurs créations, nos étudiants sont rapidement mobilisés et sentent que leurs actions dépassent potentiellement la simple action citoyenne. Ils abordent la profession d’un nouvel angle et distinguent la part du consultant de celle du simple exécutant. Après avoir bien établi les critères fonctionnels de l’emballage qui consiste à regrouper, protéger, transporter, et les critères graphiques; séduire, informer et convaincre (vendre), il s’agit de greffer la notion de responsabilité du designer à chacun de ces principes.


Le but : faire plus avec moins.
L’optimisation commence d’abord par une bonne évaluation de la matière, de son potentiel, de ses limites. Il s’agit de questionner sa pertinence en regard de sa fonction et de son empreinte écologique. Non seulement la matière doit être valorisée, mais tout l’effort énergétique nécessaire à la fabrication ainsi que son coût écologique sera considéré dans le développement de l’emballage.

Idéalement, un projet d’emballage doit être conçu avec une approche responsable axée sur la pérennité. Il doit être idéalement réutilisable ou offrir un service supplémentaire à sa fonction initiale. L’emballage doit utiliser la matière de façon optimale et être conçu de façon à réduire au minimum le nombre de collages. Idéalement, il sera conçu en une seule pièce de carton ondulé, coupée à l'emporte-pièce et assemblée grâce à un système de languettes, de rabat et tout autre système de fermeture mécanique. Les meilleurs projets ont été envoyés au concours Tchèque Young Package 2006 et 2007 où nous avons gagné plusieurs prix, dont un grand prix et un prix spécial du président du jury pour l’ensemble de nos propositions.

Certains projets ont généré des pistes conceptuelles qui, bien que souvent arrêtées au stade du prototype, offrent un potentiel de développement intéressant. Certains de ces projets proposent des solutions qui débordent du simple cadre de l’emballage et explorent d’autres applications potentielles du carton.

Puisque la formation s’inscrit dans un programme de design graphique, nous nous intéressons beaucoup aux codes graphiques associés à certains types de produits. L’histoire de l’emballage nous enseigne à quel point l’innovation a été à la base des grands succès commerciaux. Pourtant, la tendance actuelle semble plutôt pousser dans le sens contraire et une certaine homogénéisation graphique semble s’opérer mondialement. À l’École de design de l’UQAM, nous cherchons de nouvelles approches de conditionnement de produits dans une démarche axée sur le service d’abord et la distinction de l’emballage ensuite. Certains projets ont été remarqués par l’industrie et nous travaillons présentement sur certains projets de créations d’emballage avec des petites sociétés en démarrage.

Dans un autre registre, nous réfléchissons à l’emballage en tant qu’outil de communication. Quelles sont les valeurs associées à un produit ? Qu’arriverait-il si on se sert de ce geste marchand pour établir un dialogue différent avec le consommateur ? L’emballage pourrait prendre position et véhiculer des valeurs autres que commerciales. Les lois du marché sont-elles en opposition avec les valeurs environnementales? Comme designer graphique, si nous pouvons vendre du sport avec de la bière ou du succès amoureux avec des voitures, nous pouvons sûrement vendre une attitude citoyenne responsable et respectueuse de l’environnement.

Bien que la formation n’existe que depuis quatre ans, celle-ci a reçu beaucoup d’attention des médias au Québec puisqu’elle aborde un sujet qui prend de plus en plus d’importance dans l’intérêt du public. Si le grand public a toujours pris l’emballage pour acquis sans trop s’en soucier, la demande pour des emballages plus verts et plus responsables augmente sans cesse. En 2002 au Québec, la loi sur la qualité de l’environnement a été modifiée oblige déjà les fabricants d’emballages à payer 50%des coûts de recyclage des municipalités et ce, en fonction du volume de leur production. La pression s’exerce désormais sur deux fronts importants; la clientèle de plus en plus conscientisée, les gouvernements qui légifèrent et les compagnies qui voudront de plus en plus abaisser leurs coûts. Comme designer graphique, nous sommes interpellés par ces changements et notre approche à l’École de design est non seulement que notre part citoyenne doit être intégrée à notre pratique, mais que les opportunités d’affaires iront de plus en plus dans le sens de l’éco-emballage.

Plusieurs producteurs d’emballages commencent à comprendre l’importance des changements à venir en ce qui concerne l’emballage. Je crois que l’attitude responsable n’est pas qu’un thème à la mode, mais plutôt une nouvelle évolution pour notre profession.
Bien sûr l’emballage est là pour rester et même à continuer de croître, mais si nous continuons à produire en quantité et sans égard à l’environnement, nous courrons à notre perte et nous faisons partie du problème. Je crois que nous avons tous une responsabilité en tant que citoyens d’abord et comme designer ensuite de s’adapter à ce nouveau contexte et à tout mettre en marche pour un changement majeure dans l’industrie de l’emballage. À l’UQAM avec nos étudiants, nous pensons que la relève en design graphique peut faire une différence et faire partie de la solution.


Sylvain Allard
Professeur

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