lundi 7 juillet 2008

Une belle visite dans la forêt québécoise

J’écoutais, il y a quelques jours, «Les années lumière», l’excellente émission scientifique animée par Yanick Villedieu à la Première chaîne radio de Radio-Canada ce 6juillet 2008. Il s’agissait d’un reportage d’Étienne Leblanc sur la déforestation en Indonésie. J’y apprenais en effet qu’à cause de cette déforestation accrue, l’Indonésie était passée au troisième rang des plus grands producteurs de CO2. Des chiffres, en voici quelques-uns : la déforestation correspond à 20% de la production de gaz à effet de serre dans le monde. Bornéo est une des plus grandes îles du monde détient de record Guinness de la déforestation avec 51 km2 par jour. À ce jour, 75% de ce qui était une des plus grandes forêts tropicales au monde est rasée à néant pour faire place à des cultures d’huile de palme destinée aux biocarburants. Ce constat est accablant et le WWF écrivait en février 2008 sur son site Web qu’en plus des problématiques de CO2 que le climat n’est pas la seule victime de cette situation, les éléphants et les tigres de Sumatra sont de plus en plus menacés d’extinction.

Terrible me direz-vous? Oui extrêmement et de mon côté, je suis allé me promener à la fin juin dans notre belle forêt boréale. Je suis revenu complètement déprimé de ce que j’ai vu. Si vous êtes de ceux qui pensent que notre territoire quatre fois plus grand que la France nous assure des ressources à perpétuité, j’ai une bien mauvaise nouvelle pour vous. En fait, non seulement Richard Desjardins n’exagérait-il pas, mais en fait, je crois qu’il était en deçà de la réalité.

Je suis allé dans le parc des Monts Valin et plus particulièrement dans la Zec Martin-Valin à une cinquantaine de km de Chicoutimi. Faut-il le rappeler, les Zec ont été créées en 1978 dans le but de gérer pour le ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF) une zone d'exploitation contrôlée et s'engagent notamment à planifier, organiser, diriger et contrôler l'exploitation, la conservation et l'aménagement de la faune.

Je m’y suis donc rendu muni d’une caméra et voici ce que j’ai tourné pour vous. Vous excuserez la mauvaise qualité du tournage, puisque celui-ci a été fait de la fenêtre de la camionnette en mouvement qui m’emmenait au lac Bouffon (peut-être en l’honneur du Ministère des ressources naturelles du Québec).


Ici, la forêt est considérée comme une ressource, un dû, une propriété de l’homme. Ce qu’il faut comprendre, c’est que la forêt se définit ici que par sa matière ligneuse : l’arbre. On pense ainsi qu’en replantant des épinettes noires on crée une forêt qu’on récoltera ensuite dans 30 ans. Cette approche de la foresterie nie l’ensemble de la fragile biodiversité de la forêt et la réduit à ce qui est exploitable. Les terres sont rasées et laissées en friche où des feuillus de mauvaise qualité repoussent rapidement et modifient à jamais l’ensemble de ce qui n’est plus une forêt. On laisse une bande de quelques mètres d’arbres autour des lacs pour en protéger les rives et les eaux donnant ainsi une apparence encore plus dramatique à cette scène de désolation.

L’argumentaire de l’industrie forestière est qu’«il faut récolter la ressource et ainsi protéger les emplois». Il faut plutôt lire : «pour plaire à nos actionnaires nous devons exploiter la ressource au maximum et à un minimum de coût sans égard à l’environnement. À quoi je ne peux que répondre : si cette ressource avait été gérée intelligemment par nos gouvernements et nos compagnies forestières en la considérant comme une véritable richesse naturelle plutôt qu’une solution à des problèmes locaux d’emploi ou des pressions mondialistes basées sur la spéculation plus que sur la valeur réelle des choses, nous n’en serions pas là.

Il faut être conscient de cette richesse qui n'appartient à personne si ce n'est qu'à la survie de l'humanité. Nous devons exiger qu’elle nous soit rendue dans son intégrité par ces exploitants(eurs) forestiers, et ce, n’en déplaise à M. Chevrette, président-directeur général du Conseil de l'industrie forestière du Québec, qui parle encore de la récolte de la forêt comme s’il s’agissait d’une forme d’agriculture.
L’inconscience n’est pas un droit.

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