mercredi 18 février 2009

Où sont les emballages? | Grafika

Je ne suis pas allé à la soirée Grafika. J’ai un fils de 3 ½ ans qui m’attendait sagement à la garderie. Cela dit j’aurais bien aimé y être pour voir quelques collègues du club du vieux poêle et cette dynamique relève à qui j’ai enseigné depuis déjà 15 ans. C’est donc avec excitation que j’ai reçu le magazine du concours Grafika 2009 et, vous vous en doutez, j’ai sauté sur la section emballage, pour voir les merveilles conçues cette année.

I couldn’t get to 2009 Grafika Gala but I was very excited to see what would be the best Quebec packaging designs. What a disappointment when I realized that there was only 5 winners including two wine bottle labels (that’s not really package it’s more sticker design) and this odd but cute piece of art that could only qualify as packaging if being a box is the only criteria to call it as such. Mind you, there is a little more to packaging than that to me.L’excitation fut de courte durée malheureusement. Cinq projets au total dont ; deux projets intéressants mais pas exceptionnels que je vous présente ci-haut; deux étiquettes de bouteilles de vin (on ne parle pas vraiment de packaging ici mais d’étiquetage) et finalement ; un emballage qui n’en est pas vraiment un puisqu’il s‘agit, si j’ai bien compris, d’une pièce unique (très mignonne d’ailleurs) pour laquelle, parler de packaging serait pour le moins en étirer le sens.

Le design d’emballage est une discipline intimement liée à une activité économique et au commerce et est à elle seule un portrait d’une société, de ses valeurs et témoigne du dynamisme de son économie. En écrivant cette phrase, je réalise qu’en fait, il ne faut peut-être pas s’étonner d’une si piètre récolte puisqu’elle est simplement le reflet bien réel de la situation du marché québécois. Qu'est-ce qui se passe au Québec? Je n’ai pas de réponse à cela, mais ça me préoccupe beaucoup. Est-ce la faute des clients ou sommes nous les principaux responsables?

Je regarde ensuite les autres catégories où je trouve des pièces fabuleuses, (bravo Paprika, Orange-Tango, Feed, etc) et ça me réjouit de voir le haut niveau. Du coup, je me questionne sur ce qui peut bien justifier une telle différence entre la catégorie packaging et les autres. C’est alors que je commence à regarder les projets gagnants et surtout les clients : troupes de théâtre, pièce auto promotionnelle, pièce auto promotionnelle, pièce auto promotionnelle, pièce unique, musée machin, soirée machin, etc. etc. Oui bien sûr il y a quelques rapports annuels (dont celui de Cascades fait par Paprika qui semble fantastique), mais très peu de producteur, fabricant ou autres moteurs économiques majeurs. Ça fait quoi me direz-vous? Pas grand-chose, sauf peut-être si on se demande à qui ça sert tout ça et surtout à combien de personnes ses «œuvres» sont-elles destinées.

After looking at the other works that were very impressive, I realized that a large percentage of them were self-promotional, unique prints, theatre play posters, self-promotional, marginal stuff and… did I say self-promotional?

Qui profitent de ce design ? À qui parlons-nous? Pire, sommes nous notre propre audience? Faisons-nous du design pour designer ? J’aime croire que c’est plus intéressant que ça, parce que sinon, je ne peux que penser à cette phrase d’Alejandro Magallanes : «Faire du design uniquement pour les designers et pas pour les gens, c'est comme manger notre propre merde et la trouver bonne.»

The point here is that design is a portrait of the commerce and economy and if we only produce marginal stuff, it could be great for designers, but it also tells us a lot about what’s going on in this country. I always associated design to serve people. So, whom are we talking to? Are we designing for designers or are we improving people’s life with our work? I stopped looking at the Grafika magazine and started to think about this great quote from Alejandro Magallanes : "Designing for designers and not for the people is like eating our own shit and taste it good".

4 commentaires:

  1. «Design for designers»

    Ton texte conclut sur un sujet fondamentalement important pour le devenir de la communication visuelle. Avons-nous perdu le cap?

    Difficile de penser autrement que oui, mais le concours Grafika est-il une représentation valable de la réalité de notre industrie?
    Je ne crois pas et, même chez des lauréats, le concours est vu comme un phénomène séparé de la pratique.

    En d'autres termes, on prépare des pièces pour le concours -- et les exemples que tu relèves («troupes de théâtre, pièce auto promotionnelle, pièce auto promotionnelle, pièce auto promotionnelle, pièce unique, musée machin, soirée machin, etc. etc.» ) le montrent bien. Soit l'on finance une création à l'interne, soit l'on commandite un projet pro bono en s'y négociant un contrôle esthétique.

    Ce qui m'inquiète:
    - au Québec nous semblons ne plus valoriser le graphisme utilitaire, seulement le graphisme d'art (mes contacts avec des collègues ontariens me montrent que cette dynamique y est quasi inexistante);
    - nous ne semblons pas avoir une très heureuse relation avec les clients (d'où les pièces auto promotionnelle [bien que je préfère dire fictives]);
    - les étudiants -- et tant mes débuts dans le rôle d'enseignant au collégial que mes souvenirs d'uqamien --, donc les futurs designers, voient le rapport avec le graphisme comme un moyen d'expression personnelle... Dans leur perspective, le client est un mal nécessaire, pas une source de motivation parce qu'il nous amène des défis à résoudre et nous rémunèrent pour le faire.

    Selon toi: faut-il qu'un concours alternatif soit développé? Est-il possible de réformer le concours Grafika? De changer la culture qui produit ce concours?

    Permets-moi de terminer sur une citation du comédien Viggo Mortensen qui ne semble pas trop intéressé par les concours: «It’s doesn’t really have much to do with your job as an actor. “I saw how some of the other candidates really tried to get that award. I didn’t do that. I just thought, ‘What’s the point? How much does this have to do with actually playing a character?’ Life is too short.”»

    P.-S.: c'est toujours un plaisir de te lire.

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  2. Je trouve votre billet fort intéressant. Effectivement, avons-nous oublié que la communication est au coeur du design graphique plutôt que l'expression personnelle.

    J'ai fais un lien sur mon blogue vers cette entrée, car je la trouve pertinente pour mes étudiants. Une belle réflexion!

    Et que dire de la citation d'Alejandro!

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  3. Merci pour ton intérêt pour mon blog Martin. À vrai dire, je ne crois pas que le concours Grafika soit en cause. N'en déplaise à ses détracteurs, le concours Grafika n’est que le reflet de ce qu’est la communauté graphique Montréalaise. Les gens d’Infopresse propose un format, mais ce sont les graphistes qui participent ou non qui font ce que le concours est.

    De plus, le jury n’est jamais le même d’une année à l’autre alors, où est le problème. En fait, je ne suis même pas certain qu’il y ait un problème, je constate comme toi que pendant qu’au Québec on fait des projets d’autopromotion, des pièces uniques et des affiches deux couleurs à 250 exemplaires, d’autres communautés graphiques comme celle de Toronto, New York, Amsterdam et Londres semblent eux valoriser des projets d’envergures.

    Je suis peut-être cynique, mais je crois qu’il ne s’agit pas d’un problème de graphiste, mais un problème d’un manque de vision de toute une société. Oui oui, je sais, on a Guy Laliberté et Céline, mais bon… Tu n’a qu’à regarder de qui l’on parle dans tous les médias, qui sont nos «stars» et tu comprendras de quoi je parle.

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  4. Anonyme11:42

    Je suis tout à fait d'accord avec vos réflexions et cela me permet d'apporter un autre point.

    Je vis en région, graphiste indépendante et j'ai participé il y a 3 ans au Concours Grafika. Vite été désillusionnée. Comment compétitionner avec les boîtes en nomination. À qui s'adresse ce concours? Pourquoi n'y a-t'il pas de catégories; firme/travailleur autonome, Montréal/région, budget alloué,... la réalité est bien différente pour le graphiste de St-Jean-Port-Joli et la communauté graphique Montréalaise. Aussi peut-être vivons-nous moins l'influence du milieu et peut-être notre approche est-elle davantage utilitaire.

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