vendredi 5 juin 2009

Garanteed | la mort d'une icône

J’ai connu, dans ma petite ville natale de Sherbrooke, l’époque où le laitier passait dans les rues et distribuait chaque matin les « pintes » de lait dans des bouteilles de verre épais aux reflets vert.

Oui, je suis assez ancien en effet, mais j’ai pu tout de même assister à la fin d'une époque très charmante où les bouteilles étaient récupérées, nettoyées remplies à nouveau et retournées aux consommateurs. Ma mère déposait le nombre de jetons correspondant au nombre de bouteilles de lait dont nous avions besoin.

Rapidement, les grandes surfaces ont pris le dessus et le laitier a rapidement cessé de livrer le lait sur notre petite rue Duluth. Puis ce fut la fin du boulanger et des autres livreurs. Ce fut aussi le début des cartons de lait que nous connaissons encore aujourd’hui.Plusieurs années plus tard, je suis arrivé à Montréal pour faire mes études en design graphique à l’Université Concordia au coin de la rue Crescent et du boulevard René-Lévesque. Tous les jours, à la sortie du métro Luicen-Lallier, je passais à côté de cette usine construite dans les années 30 et coiffée d’une tour d’eau très particulière en forme de bouteille de lait. Ce bâtiment art-déco était la laiterie Garanteed Pure Milk qui a fermé ses portes au début des années 90.

Récemment, lors d’une visite chez Eco-Entreprise Québec sur le Boulevard René-Lévesque avec Jocelyn de l'Atelier du Presse-Citron, j’ai aperçu cette bouteille de lait géante suspendue dans le temps entre ciel et terre et entre deux édifices modernes du centre-ville. La bouteille a bien mal vieilli et la rouille a commencé à la ronger sérieusement alors que les vandales « graffittouilleux » ont complètement contaminé ce monument de leur ignorance manifeste et nombriliste. Quelle insignifiance, quelle ignorance et surtout, quelle prétention.En fait, ce qui m’étonne surtout, c’est que la ville de Montréal ou encore un regroupement de designer, d’historiens ou d’architectes ne se soit pas encore porté au secours de cette splendeur de notre histoire industrielle et icône d’une industrie laitière forte et indissociable de notre développement agricole.À mon avis, ce monument industriel unique a une valeur patrimoniale énorme et le fait de le voir se désintégrer ainsi me prouve encore une fois que peu de gens semblent se soucier de leur histoire. Cette icône a pour moi autant de valeur patrimoniale que l’Orange Julep ou que le canal Lachine. Ce sont des héritages qu’il faut absolument préserver puisqu’ils font partie de notre histoire industrielle et que c’est cette industrie qui a fait de Montréal le pôle économique qu’elle a été.
La culture d’un peuple ne se définit pas que par ses artistes mais par l’ensemble des structures sociales et des manifestations intellectuelles, artistiques, religieuses et industrielles qui définissent une civilisation, une société par rapport à une autre.

1 commentaire:

  1. Vive Sherbrooke et ses murales qui nous plongent dans le passé et qui nous rappel, justement, les manifestations intellectuelles, artistiques et religieuses qui ont fait de cette ville ce qu'elle est aujourd'hui.

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