mardi 19 octobre 2010

Mr Bubble | Petite histoire de séduction


C’était la fin des années 60. J’étais assis, les jambes pendantes, sur la tablette du chariot métallique poussé énergiquement par ma mère très occupée. Nous déambulions en zigzaguant dans les allées en suivant le même trajet hebdomadaire routinier dans ce marché «nouveau genre» qu’on appelait alors le Supermarché.

Nous étions à cette époque encore bercés dans l’illusion d’après-guerre que tout était possible et surtout que les ressources étaient infinies. L’extraordinaire effort de production qu’avait nourrie la Deuxième Guerre avait laissé rapidement place à un nouveau concept appelé la consommation.

Cet endroit avait quelque chose de magique et de rassurant puisqu’il rassemblait en un seul endroit l’ensemble des produits désormais essentiels à la vie moderne et présentés dans des emballages tous plus utiles et fonctionnels les uns que les autres. C’était une nouvelle ère ouverte sur un infini d’opportunités idéalistes.
C’est à travers toutes ces merveilles que je la vis pour première fois au loin. Elle était là, toute petite tache rose dans un amoncellement de formes banales et monochromes. Malgré la distance, je reconnaissais la forme de sa tête et de son corps lisse. Je la pointai du doigt pour faire accélérer maman, mais celle-ci semblait insensible au charme d’une telle splendeur. Au passage je la saisis avec une telle conviction, que ma mère acquiesça du regard.

J’avais fait mon premier achat et cette bouteille de Mr. Bubble devint une icône de mon enfance. Je ne me souviens pas de la sensation ni de l'odeur qu'avait ce savon moussant, mais la bouteille accompagna mes bains des années durant.

J’ai su plus tard que ma mère remplissait toujours la même bouteille avec une autre marque de savon, sûrement moins cher d’ailleurs. Ça n’avait aucune importance, c’était l’emballage qui m’avait séduit et il trouva une deuxième vie lorsque je compris qu’il pouvait aussi être une tirelire.

L'emballage était le produit.


It was the late 60s. I was sitting, legs dangling on the shelf of a metallic cart, pushed almost aggressively by my busy mother. We strolled along the aisles zigzagging and following the same weekly routine in this "new type" of grocery then called the Supermarket.

We were at that time still lulled into the illusion of postwar thinking everything was still possible and especially convinced of the infinite resources the planet had. The extraordinary production effort that had nourished World War II had quickly been replaced by a new concept called consumption.

This place had something magical and reassuring as it gathered in one place all the goods now essential to modern life. Each packaging there was all more useful and functional than the other. It was a new era opened to infinite idealism opportunities.

It is among all these wonders that I saw it for the first time in the distance. It was there: a tiny pink spot in a pile of mundane forms. Despite the distance, I could recognize the shape of its head and the smoothness of its pink body. I pointed it out to my accelerating mom, but she seemed insensitive to the charm of such splendor. Incidentally I seized it on the go with such conviction, that my mother couldn’t refuse it to me and bought it.

I was my first purchase and therefore, this Mr. Bubble bottle became an icon of my childhood. I do not remember what sensation or odor this bubble soap had, but the bottle accompanied my baths for years.

I found out later that my mother was in fact refilling the same bottle with another brand of soap, probably cheaper elsewhere. It didn’t matter much to me. It was the packaging that attracted me first anyway and I was thrilled to find it has a second life as a piggy bank.

The packaging was the product.

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